Historique

 

L’histoire de l’orgue à tuyaux à Wasselonne, du moins dans l’état actuel de nos connaissances, a commencé en 1734.

C’est à cette date en effet qu’un premier contact a été établi avec André Silbermann par les paroisses simultanées de Wasselonne pour la fourniture d’un instrument. Bien que celui-ci ait été réalisé, il ne fut pas installé à Wasselonne mais à Muhlbach, et c’est un ouvrage de Waltrin qui prit place dans l’église. Cet édifice fut détruit en 1756 pour laisser la place à une église plus spacieuse.  L’orgue Waltrin de Wasselonne fut donc démonté. Et lorsque la nouvelle église fut terminée, c’est Jean-André Silbermann qui fut appelé à Wasselonne pour l’y remonter, ce qu’il fit du 20 au 22 septembre 1757. Il n’avait pas assuré le démontage, et se plaignit que les éléments étaient en désordre et que rien n’avait été noté en vue du remontage. Il se passa ensuite un événement très regrettable : la Ville ne daigna pas le payer. Dix ans plus tard, le 18 novembre 1867, sur le chemin de Marmoutier, il réclama encore les 10 Thaler qui lui étaient dus, mais en vain. Il ne fut finalement payé qu’en 1782 par le pasteur Gieß, qui avant d’être pasteur à Wasselonne de 1772 à 1787, avait été organiste à Sainte-Aurélie de Strasbourg en 1758 et qui connaissait donc probablement déjà les Silbermann.

En 1782, lorsque Josias Silbermann et Conrad Sauer accordèrent l’orgue Silbermann de Barr, ils apprirent que l’orgue de Wasselonne avait été accordé par l’instituteur catholique de Barr, qui aurait bien voulu faire la même chose à Barr, soutenu par la paroisse catholique, mais les protestants s’y étaient opposés.  Dans les archives de la Ville, on apprend que l’orgue Waltrin fut accordé en 1743 par François Adam, en 1748 et 1763 par Georg Friedrich Merckel et en 1788 par Jean-Nicolas Toussaint (Pie Meyer-Siat, «Toussaint, Vater und Sohn, Orgelmacher zu Westhoffen »,  Acta organologica 10, 1976, p. 158). Cet orgue Waltrin a entièrement disparu ; ce n’est en tout cas pas celui de Gottenhouse, construit en 1747 par Merckel pour les protestants de Romanswiller. L’orgue Waltrin fut effectivement racheté par Romanswiller à la Révolution et il y eut un moment deux orgues dans l’église simultanée de ce village, l’orgue Merckel pour les protestants et l’orgue Waltrin pour les catholiques. Mais c’est l’orgue Merkel qui fut transféré en 1842 à Monswiller puis en 1867 à Gottenhouse, et non l’orgue Waltrin.

L’épisode Guebwiller

Pendant ce temps l’histoire de notre orgue a déjà commencé : en 1744, Jean-André Silbermann a reçu du chapitre des Dominicains de Guebwiller commande de son 14ème ouvrage. L’orgue est achevé le 9 septembre 1745. Il était installé sur un jubé dont la largeur est encore indiquée aujourd’hui par l’élégant claustra pour lequel il avait été conçu. L’arc en ogive de plus de 9 mètres qui le surplombait permettait au buffet de 7,36 m de se terminer par le diadème classique. Bien que la hauteur sous plafond de l’église de Wasselonne n’ait pas permis le maintien de ce décor, on peut encore l’observer aujourd’hui car il a été disposé de chaque côté du buffet de Positif. Ce dernier ne comporte pas la magnifique tourelle centrale trilobée qu’à la même époque Silbermann livra à Soultz. On dit souvent qu’il s’agissait de reproduire l’instrument des Dominicaines de Colmar, construit par André Silbermann, le père, en 1726. En réalité, c’est peut-être justement pour la même raison que ces deux instruments ont une esthétique dépouillée : orgues de couvent, ils sont d’abord destinés à la prière. Quant à la composition , elle est très classique de la manière de Jean-André à cette époque de sa carrière. Comme pour le buffet  les proportions très réduites de la pédale (20 notes, 3 jeux) s’expliquent par la destination essentiellement cultuelle de l’instrument :

Cet orgue ne resta pas longtemps dans son église d’origine. Il n’avait pas subi de modification sensible quand survint la révolution française. On sait que l’Assemblée nationale, à la fois par conviction anticléricale et pour trouver de nouvelles recettes fiscales a nationalisé les biens du clergé le 2 novembre 1789. Mais ce qui n’était au départ qu’une séquestre très symbolique va devenir ensuite pour les ennemis du nouveau pouvoir dont l’Eglise faisait évidemment partie, une triste réalité : durant l’été 1791 pour financer les assignats le Comité de Salut public se met à vendre les Biens nationaux. A Guebwiller l’opération est rendu encore plus facile par la dissolution des ordres monastiques prononcée le 13 février 1790. L’orgue Silbermann y est vendu le 17 novembre 1791 : l’acquéreur est le conseiller André Bebel qui représente la commune de Wasselonne. L’ensemble est démonté, chargé sur  des charrettes à bœufs et transporté à Wasselonne par le voiturier Jean-Jacques Bachmann. Le facteur Toussaint de Westhoffen est chargé de l’installation ; l’inauguration a lieu le 9 septembre 1792. Le même sort a affecté les instruments de Mollau, Saint-Etienne et Sainte-Marguerite à Strasbourg, Gottenhouse, Saint Léonard, Marbach, Pairis, des Dominicains et des Dominicaines de Colmar, des Dominicaines de Sélestat, et des Domicaines … de Guebwiller. Mais un destin somme toute moins regrettable que celui des 1200 instruments détruits avec leur église au moment de la « Grande Peur » d’août 1789 dans les régions les plus troublées du pays (Provence, Maconnais, Dauphiné).

Les vicissitudes de l’histoire

Par la suite bien entendu l’évolution des goûts et des modes joua là aussi son rôle funeste. ll y eut des petits travaux en 1823 mais c’est en 1848 que l’orgue subit sa 1ère transformation sensible. Malgré les efforts louables de l’architecte départemental Charles Morin pour en préserver l’état originel la municipalité accepta le 18 juillet 1848 le devis de 3070 Fr. proposé par la maison Stiehr-Mockers. Les modifications suivantes furent effectuées :

  • remplacement des claviers de Silbermann par des claviers plaqués en blanc
  • remplacement de la Tierce du grand-orgue par une Gambe 8 ;
  • remplacement du Nazard, de la Tierce et de la Fourniture du positif par un Salicional 8 et un Basson-Hautbois 8 ;
  • ajout d’un Prestant 4 et d’un Clairon 4 à la pédale.
  • recul de 2,40 m du grand buffet avec une nouvelle mécanique de positif.
  • mise en place d’un soufflet à plis parallèles : les 3 soufflets cunéiformes sont transférés à Romanswiller, sans que par la suite ils puissent être intégrés dans le nouvel orgue.

Une Contrebasse de Stiehr existait également dans l’orgue avant la restauration de 1992 (depuis lors elle a été replacée dans l’orgue Stiehr de Helfrantzkirch), mais on ne sait pas à quelle date elle fut livrée.

Voici les changements proposés par Stiehr le 26 février 1846 :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La nouvelle composition s’établit ainsi :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1894 nouvelle étape : Charles Wetzel fut chargé d’une nouvelle transformation. Le contrat du 26 mars 1894 prévoyait pour 690 Marks un nettoyage, l’amélioration de la Gambe 8 (de Stiehr), la regarniture des calottes mobiles des Bourdons, le complément du Cornet et à nouveau trois claviers neufs, qui furent effectivement posés. Mais il y eut aussi des changements de jeux : la Cymbale et la Voix humaine du grand-orgue furent remplacées par une Flûte 8 et un Clairon 4 ; le Prestant 4 et la Doublette 2 du positif furent décalés en Montre 8 et Prestant 4 ; le Cromorne 8 du positif fut remplacé par une Voix céleste.

Les claviers Wetzel dans leur état de 1991 :

Composition de 1894 :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La dernière intervention de la famille Wetzel date de 1926, lorsque Edgard Wetzel posa un ventilateur neuf.

En 1942, Ernest Muhleisen, ancien harmoniste de Roethinger qui venait de s’installer à son propre compte, entreprit de nouvelles transformations :

– il remplaça au positif la Voix céleste de Wetzel et le Basson-Hautbois de Stiehr par une Cymbale de 3 rgs et un Cromorne 8 avec corps en zinc ;

– il remplaça le Prestant 4 de Stiehr à la pédale par un Violoncelle 8 en zinc ;

– il pneumatisa la traction de la pédale, en portant l’étendue de 20 à 30 notes.

D’autres transformations étaient prévues mais la paroisse protestante, qui se retrouvait seule affectataire du bâtiment après le départ de la paroisse catholique en 1941, n’eut pas les moyens de financer ces travaux. Un « inconvénient » qui a permis à l’instrument de conserver l’essentiel de son matériel ancien, notamment les sommiers.

 

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